«Ce qui marquait le plus chez Johnny, c’était ses yeux»

Jean-Claude Gitrois (commentaire recueilli par Gilles Lott)

Actualisé

Du 18 au 20 juin 1993, au Parc des Princes, Johnny fête ses 50 ans avec un spectacle intitulé “Le “Da” Neut de Rétien. Jean-Claude Gitrois, le couturier qui a créé ses costumes de scène, raconte… Une interview de notre spéciale “Johnny Immortal”, un numéro de 100 pages Des photographies et des reportages exclusifs consacrés à la carrière du chanteur, des tendres années à Old Connells, sont en vente sur votre front d’actualité.

En parfaite synchronisation, les lourdes grilles d’acier du Parc des Princes s’ouvrent, tandis que les premiers riffs de guitare retentissent et que des souffleries géantes envoient des rafales de confettis multicolores. En grande pompe, Johnny entame une percée au sein de sa formidable armée de followers… et la surprise est totale !

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La douzaine de gardes du corps qui l’entourent se noient rapidement. La statue encerclée est enfin accessible, atteignable. Une aubaine pour ses fans qui essaient de lui montrer leur amour en le touchant, en lui caressant les cheveux sans aucune agressivité. Au plus profond du chaos, pris au milieu d’une vague humaine, Johnny ne perd ni son sang-froid ni son sourire. Lorsque la situation semble hors de contrôle, ses admirateurs le soulèvent et le passent de main en main, au-dessus de la tête.

Une grande première dans la folle histoire de la pop culture qu’aucune rock star — pas même les Rolling Stones — n’oserait croiser un public de stade. Près de trente ans plus tard, je me souviens encore du frisson de ce concert, “Keep Your Night On”, alors que Johnny était emporté par la foule.

Tout a commencé par un coup de téléphone… « Bonjour Jean-Claude, c’est Johnny. Johnny Hallyday. J’ai vu dans votre livre les vestes en cuir que vous avez faites pour Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone et Elton John. J’aime l’esprit. Je travaille sur le prochain grand rendez-vous, un gros problème. Je cherche un nouveau look, une tenue de show rock. Du cuir mais avec classe. Avec du métal mais de la mode. Eh bien, vous voyez ce que je veux dire? ! Si vous avez des idées…”

S'inspirant de la couleur bleue des yeux de Johnny, le maroquinier a eu l'idée de faire remonter cette collection au crocodile.  C'est à Bruxelles à partir du 20 décembre

S’inspirant de la couleur bleue des yeux de Johnny, le maroquinier a eu l’idée de faire remonter cette collection au crocodile. Il sera présenté à partir du 20 décembre lors du “Johnny Holiday, Exhibition” à Bruxelles.

Concours de Paris / © Jean-Claude Jitrois / DR

Après avoir habillé Elton John, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger de somptueuses vestes en cuir, Jean-Claude Gitrois

Après avoir habillé Elton John, Sylvester Stallone et Arnold Schwarzenegger de vestes en cuir exotique, Jean-Claude Gitrois a imaginé “l’alligator bleu des fêtes”.

JLPPA / Bestimage / © JLPPA / Bestimage

J’ai des idées, mais le défi est de taille. Naturellement, Hallyday est une icône de la mode, ayant été habillée par plus de grands créateurs les uns que les autres, de Jane Bouquin à Yves Saint Laurent en passant par Nudies, Marc Bohan, les Girbaud et Dior. Depuis ses débuts, le rocker caméléon a navigué dans tous les styles et toutes les époques : rockabilly, mods, cowboy, country, biker, hippie, alien, “Mad Max”. L’artiste est un faiseur d’images, un alter ego, un perfectionniste qui exige des vêtements, qui sait exactement dans quelle direction il veut aller.

Qu’y a-t-il après cette annonce ?

Qu’y a-t-il après cette annonce ?

J’ai toujours pensé à Johnny comme à un chevalier, un croisé du rock sans fin aux batailles électriques et aux concours sauvages. J’ai très vite conçu pour elle une première tenue d’entrée en scène, baptisée « The Perfect Chainmail » : épaules dénudées en cuir, hard rock et mode. Deuxièmement, j’ai créé un “petit gilet en alligator bleu vacances” inspiré de la couleur de ses yeux, d’un bleu si particulier. La tenue finale a une influence guerrière-chic avec un ensemble en cuir perlé d’acier.

Le courant est passé depuis la première rencontre. Johnny entra dans le bureau en étudiant chaque tableau pendant une longue minute. D’abord silencieux, concentré, il pose ensuite des questions techniques très précises sur le poids des peaux, leur douceur, leur réactivité à la lumière : « Comment se présente votre sujet sous les projecteurs ? Il a ensuite examiné les échantillons et m’a correctement fait remarquer qu’il aurait besoin d’une série de couches brillantes pour “s’allumer”. Déjà! Ensemble, nous avons choisi une robe unique d’inspiration mousquetaire en soie rouge sang.

Le projet a été vérifié avec enthousiasme et je me suis mis au travail. Entre plusieurs séries de matches, nous sommes devenus très proches. J’ai habillé Karin, la belle jeune femme qui a fait oublier Adeline et lui a rendu son “envie d’aimer”. Nous dînions ensemble chez lui, la Villa Molitor, ou dans mon appartement de la rue de Rivoli. Je l’ai accompagné à la salle de sport lors de ses longues séances d’entraînement. Le jour J est bientôt là…

Fidèle à son concept de vacances réussies et chics, Zidrois le drape d'une armure de cuir et d'acier.

Fidèle à son concept de vacances réussies et chics, Zidrois le drape d’une armure de cuir et d’acier.

Concours de Paris / © Jean-Claude Jitrois / DR

Comble de l'attitude rock 'n' roll pointue, le rockeur a enflammé le Parc des Princes avec une guitare au corps métallique assortie aux steel drums de son héros Leather.

Comble de l’attitude rock ‘n’ roll pointue, le rockeur a enflammé le Parc des Princes avec une guitare au corps métallique assortie aux steel drums de son héros Leather.

JLPPA / Bestimage / © JLPPA / Bestimage

Pendant un mois, le temps a été mauvais. Il pleut tous les jours à Paris, mais le 18 juin 1993, le soleil revient pour célébrer le concert des 50 ans du King of Rock. Le Parc des Princes est en ébullition. En début d’après-midi, j’entends déjà depuis le périphérique les dizaines de milliers de fidèles scander le nom de leur idole. Je vois Johnny dans sa loge, avec son habilleuse et sa maquilleuse, affichant apparemment un sang-froid olympien. Mais, en me saluant, il murmure : « Je dois mourir de nerfs ! »

En chemin vers les tribunes, à travers les interminables couloirs, je croise le producteur Jean-Claude Camus et son équipe, qui finalisent l’arrivée d’une ribambelle de personnalités, dont Jacques Chirac, Jacques Touban – le tout nouveau ministre de la culture. Alain Delon, Jean-Paul Belmondo et Line Renaud ont suivi.

Les derniers rayons d’un coucher de soleil rose éclairaient les poutres rouges d’une gigantesque réplique du Golden Gate Bridge de San Francisco. L’énergie folle qui se dégage du Parc des Princes est comparable à la finale historique de la Coupe du Monde de la FIFA. Les vibrations annoncent des faits d’armes épiques et glorieux. Dès que les portes de la fosse aux lions s’ouvrent, les 60 000 témoins privilégiés pressentent vaguement que le premier acte d’un grand opéra rock vient de commencer.

Quand la maudite idole pose enfin la pointe de ses bottes sur scène, se coiffe tranquillement, la magie est là. Lors d’un concert exceptionnel, Johnny prend le public au creux de sa main et lui offre une soirée inoubliable. La bande originale de son talent évoque différentes périodes de sa carrière et de notre vie. Au faîte de son talent, Halliday redevient le chanteur signature de « I Was Born on the Street », le bluesman des déchirants « La Musique Que Jaime », des « Retentions La Nuit » et « In Melancholy Crooner. Santur Abandoned ,” “Rock’n’Roll Man.” du rocker pur et dur – son hommage au roi Elvis – ou qui a découvert Jimi Hendrix dans un set intitulé “Hey Joe”.

Dans les bureaux de Jean-Claude Jitrois, Johnny a suivi chaque étape de l'évolution de ses habiles costumes de guerrier.  Soucieux du moindre détail, le rocker s'est soucié des reflets lumineux, il

Dans les bureaux de Jean-Claude Jitrois, Johnny a suivi chaque étape de l’évolution de ses habiles costumes de guerrier. Soucieux du moindre détail, le rockeur était soucieux des reflets lumineux, il voulait “briller comme un flambeau”.

Concours de Paris / © Jean-Claude Jitrois / DR

Le maroquinier Jean-Claude Jitrois débarque au Parc des Princes en rockeur

Jean-Claude Jitrois, créateur de maroquinerie, envisageait la conquête du Parc des Princes par le rockeur comme “un pèlerinage rock en armes”. Son design d’une veste en cuir parsemée de centaines de clous métalliques a enchanté Johnny. Récemment, ce perfecto en cotte de mailles a été vendu dans une maison de vente aux enchères à Los Angeles pour une somme dérisoire.

Concours Paris / © Jean-Claude Gitrois / Patrick Carpentier / dr

Comment oublier ces moments d’émotion où Sylvie Vardan interprète “Your Tender Years” et Johnny et Sylvie se retrouvent sur scène pour un duo de “Le feu”, glaçant le public au bord des larmes. . Moments de bravoure, David, son fils, Eddie Mitchell, ami de toujours, Michael Sarto ou Paul Nobadi font de nombreux duos.

La fièvre ne s’est jamais retombée avec l’armada de musiciens qui ont participé à des campagnes rock à jamais surnommées “The Great”. Joey Greco, le guitar hero de l’ère Joey and the Showmen – avant de partir pour le service militaire – a voyagé pour jouer avec Norbert Greif, Thibaut Abriel, Janick Taub, Christian Padovan, Eric Bemy et d’autres. Sans oublier les chanteuses de “Sexy Girls” et de Shiny Brass Wall.

Ce premier concert au Parc des Princes est l’un des aboutissements de la carrière du héros de Johnny construit en cuir, avec une mise en lumière extravagante du magicien de la lumière Jacques Rouvirolis.

Le temps d’une nuit surréaliste, l’idole est devenue une icône !

“Immortel Johnny”, édition spéciale du concours de Paris

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