COP27. Repenser notre humanité et la manière dont on gère le monde 

“La révolution numérique, le changement climatique, notre compréhension du monde a été détruite… L’intelligence – et les intellectuels qui posent les bonnes questions – nous éclairent face aux défis d’aujourd’hui”, Gabriela Ramos, directrice des sciences humaines et sociales de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Sous son égide, à l’occasion de la Journée mondiale des savoirs le 17 novembre 2022, une conférence de réflexion de trois jours est organisée en collaboration avec Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains et les Conférences Scientifiques de Monaco. Votre titre? « L’être humain », presque un souffle d’histoire des sciences. Philosophes, anthropologues, biologistes, informaticiens, poètes, plasticiens ont évoqué « Question de processus », « La vie, le cosmos, le temps long » ainsi que « Les raisons de l’histoire » ou « Les animaux, les arbres, les rivières et nous » . “Nous pensons au long terme en essayant de ne pas être emprisonnés par le court terme. Et nous voulons donner plus d’exposition à la philosophie, car non seulement les économistes, pas les seuls décideurs politiques doivent réfléchir à toutes ces questions.”, a souligné Gabriela Ramos. Interview depuis Charm el-Cheikh (Égypte), où il a assisté à l’événement de la COP27 sur le climat.

“L’algorithme corrige les biais et les biais du monde réel”

Sciences et Avenir : Vous êtes personnellement impliqué dans l’adoption en 2021 par 193 états de l’UNESCO d’une recommandation visant à promouvoir les pratiques en intelligence artificielle. Pourquoi?

Gabriela Ramos : L’éthique met en lumière les côtés positifs et négatifs de l’IA, qui ne peuvent être évalués uniquement en termes de progrès technologique et de rapidité. Le sport, on le sait, c’est l’augmentation de notre pouvoir d’analyse du monde, la capacité des ordinateurs à effectuer des tâches qui prendraient des jours, des mois, des années de calculs pour nous humains ! Il faut aussi considérer la rapidité avec laquelle, en un an, un vaccin contre le Covid pourra être développé. De nombreux travaux antérieurs ont été réalisés mais sans intelligence artificielle, sans données et algorithmes permettant de détecter l’évolution du virus, il ne sera pas possible d’aller vite. Un autre domaine positif est celui des données satellitaires qui, associées à l’IA, permettent de surveiller l’environnement et de mieux se préparer aux sécheresses, aux inondations, etc.

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Et pour le mur ?

S’il y a un manque de diversité dans le développement de ces technologies, avec une langue, une vision du monde – il n’y a que cinq pays qui développent réellement l’IA – à cause du manque de femmes – 85% des promoteurs sont nordistes – Les algorithmes reproduisent aussi les biais et exclusions du monde réel. On sait très bien, par exemple, qu’en matière de reconnaissance faciale, il y a des problèmes pour reconnaître les Noirs et surtout les femmes. S’il n’y a pas de représentation globale ou de transparence, les inégalités du monde réel seront créées pour le pire, car nous ne savons pas ce qui se cache derrière les algorithmes. Sans oublier ce qui se passe aujourd’hui avec les réseaux sociaux où nous créons nos propres bulles, nos propres chambres d’écho, qui nous empêchent d’aller au-delà et de comprendre d’autres modes de vie. .

Ceux réunis en conférence à l’Unesco autour de cette “Journée mondiale des savoirs” ne reproduisent-ils pas simplement cette bulle ? Interagissent-ils vraiment avec les forces économiques et normatives qui animent l’IA ?

Nous n’avons pas organisé notre réunion pour nous écouter. Il y a des représentants dans l’organisation mondiale vieille de 70 ans qui porteront le message des sages à leurs pays membres de l’Unesco et qui tenteront de les éclairer sur ce monde qui change à une vitesse incroyable.

“Il faut être capable de penser en collaboration”

Quelle recommandation spécifique en découle ?

Utiliser les sciences sociales et humaines dans le domaine du changement climatique et avoir un modèle mental qui place l’humain au centre des réflexions et non au sommet, observant tout. Il faut reconnecter les gens avec le vivant, avec le monde dans toute sa complexité, avec la nature et la culture, pour penser l’Anthropocène de manière holistique. Voici une très belle mise en perspective sur notre rapport aux animaux (voir encadré). Nous avons toujours la mentalité de nous sentir supérieurs, mais si nous pensons que les animaux sont aussi des habitants du monde, nous aurons une autre façon d’agir vis-à-vis de l’environnement. Nous devons repenser notre humanité.

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Nous vivons une accélération urbaine. Pensons-nous la nature de la même manière lorsque nous vivons dans les grandes villes ?

Il est vrai que les grandes zones urbaines ont coupé notre interaction avec la nature et cela peut nous empêcher de profiter de sa beauté – l’observation des étoiles – dans la grande ville il ne fait jamais noir ! – écouter les rivières, toucher les arbres… En ville, on contrôle tout, alors que dans la nature, on redevient humble et on comprend qu’on ne peut pas tout contrôler !

Il s’est rendu en Egypte pour la COP27. Quels progrès ont été réalisés ?

Il faut noter qu’aujourd’hui, il y a de plus en plus d’incidents liés au changement climatique qui touchent principalement les pays en développement. Ils doivent s’adapter, gérer les dégâts causés par les événements catastrophiques – sécheresses, inondations… Je pense que nous avons avancé avec cette COP, car nous savons pour la première fois qu’il faut soutenir ceux qui souffrent et donner de l’argent. Mais ce qui manque encore, c’est la capacité de se voir dans les yeux des autres, chacun regardant ses propres intérêts et ne se connaissant pas comme faisant partie de quelque chose de plus grand. De même, nous devons avoir la capacité de penser de manière intergénérationnelle, car nous avons une responsabilité envers ceux qui ne sont pas encore de ce monde mais qui y seront demain. C’est tout ce à quoi nous devons penser si nous voulons de vrais changements dans notre façon de gérer le monde.

“L’arbre peut donner des encouragements à une personne seule”

“Même sur nos claviers d’ordinateur, nos alphabets bourdonnent, pleurnichent, gémissent”raconte Anne Simon, directrice de recherche au CNRS, auteure de l’ouvrage “Un animal entre les lignes. Essai de zoopoétique” (1). “Nous avons l’aleph, la tête du taureau; N est le serpent d’eau et les vagues de ce N nagent sur le chemin…” Lors d’une table ronde à la conférence UNesco autour de la Journée mondiale de la science le 17 novembre 2022, intitulée « Les animaux, les arbres, les rivières et nous », scientifiques, biologistes et L’auteur n’arrête pas de rappeler la complexité, le lien entre nous humains et animaux. , et plus largement, avec toute la nature. Et ce, alors que l’humanité s’empressait, dans ses nombreuses créations, de lui (eux) “tourner le dos”tel qu’apporté par Joëlle Zask (2), Aix-Marseille Université, a déclaré “un exemple typique de la Tour de Babel, un mur pour l’humanité”, dont dérive la nature. Ce dernier est également le même “Confusion, imprévisibilité, danger, imprévisibilité, bête”. “Ce qui est sous licence”ajoute l’écrivain Camille de Toledano, maître de conférences à l’Ensav (Ecole Normale Supérieure des Arts Visuels de La Cambre) à Bruxelles, c’est avant tout. “une longue histoire de séparation” de la nature et “temps de rupture [d’avec les animaux]bipédie, verticalité, langage… » Parce que nous craignons cette nature “Craignez la forêt”, soulignait l’auteur de « Le hêtre et le bouleau. Essai sur la tristesse européenne” (3). Et encore… “le bois est en nous”, selon l’écologiste Jacques Tassin, chercheur au Cirad (centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), auteur de “Penser comme un arbre” (4) ! Et de s’en souvenir “nos corps ont été façonnés par l’épreuve mystérieuse des arbres”. Les dessins des mains proviennent de décennies passées de branche en branche. Et pour finir “seul un arbre peut inspirer les gens qui s’y trouvent.”

1) Éd. Projet sauvage, 2021.

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2) Lire « Quand la forêt brûle. Penser à la nouvelle catastrophe écologique ». éd. Dans la première comparaison, collection de sacs, 2022

3) Éd. Seuil, 2009. A lire aussi “Le fleuve que tu veux écrire. Audiences du parlement de la Loire”, éd. LLL Liens gratuits, 2021.

4) Éd. Odile Jacob, 2018

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