Donner ou revendre… l’économie circulaire solidaire menacée par les sites de vente d’occasion

Une 206 blanche se gare devant le chapiteau. Le moteur vient de s’arrêter, plusieurs personnes sont déjà debout autour de la voiture et retirent les beaux coussins de la banquette arrière. “Attendre! », Une petite femme hurle en sortant de la voiture. “La Turquie en a plus !” » Et pour continuer, tout sourire : « Je viens toujours quand la voiture est pleine. »

Le coffre s’ouvre pour révéler des boîtes de livres de golf, de magazines spécialisés et de bandes dessinées pour enfants. Il y a aussi une imprimante. “Ça, on ne s’en est pas remis”, dit Samir Mebaraki en passant sa casquette NY par-dessus sa tête et en remettant la machine dans le coffre.

Un centre organisateur avec un travail social et environnemental

Michelle regarde attentivement les employés du centre de ressources se déplacer autour de la voiture. « Je leur ai donné des choses pendant des années. Je pense qu’il est important de donner à une entreprise qui fournit du travail à des personnes dans le besoin, Elle est d’accord. Et puis ils le revendent à bon prix. » L’opération d’extraction ne dure pas plus de quelques minutes. Juste assez de temps pour que Michael fasse et laisse de grands signes fraternels autour de lui.

Sous le chapiteau, Samir Maybraki s’affaire déjà. Il a été embauché par l’association Approche Insertion de Saint-Maur-des-Fossés (Ville-de-Marne) en juin après avoir passé un an au chômage. “C’est un super tremplin !” Il assure. Mais c’est vrai que les salaires n’augmentent pas… Au moins la moitié du temps est au salaire. » Ici, les emplois – les contrats à durée déterminée d’insertion (CDDI) – sont conçus pour faciliter la réinsertion dans le circuit de l’emploi et ne durent pas plus de deux ans. Samir, d’ailleurs, ne se voit pas rester indéfiniment au centre de ressources. Son rêve : quitter la banlieue parisienne pour ouvrir un food truck de poulet portugais à Bordeaux.

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Mais pour l’instant, il dispose d’un chapiteau “accueil-dépôt”, où affluent tous les dons. Il jette dans des “rouleaux”, une variété de chariots industriels lourds, des sacs pleins de vêtements qu’on lui a apportés. Le reste, chaussures, ceintures, livres, jouets, vaisselle et autres articles ménagers sont rangés dans des cartons. Les fruits récoltés partent ensuite à l’entrepôt, au sous-sol, où de petites mains salariées comme Samir trient quotidiennement environ 2 tonnes de produit. Une tâche ou un accroc et l’objet est envoyé à d’autres associations de tri et de recyclage. De même pour les services de vaisselle incomplets ou endommagés. Certains, inutilisables, finissent directement à la poubelle. L’association fonctionne plus ou moins comme un centre organisateur avec un travail social et environnemental.

De cette façon, les articles en bon état et commercialisables sont retirés de la masse et atteignent chaque jour la destination de la ressource pour être mis en vente. 50 centimes le vinyle d’occasion, 4,50 € le foulard, 8 € la paire de chaussures… les prix sont alléchants.

Mais l’aide s’est tarie au fil des ans. « Avant, les gens nous surprenaient, mais aujourd’hui, nous avons de moins en moins de qualité. » Déçoit Dominique Cosart, coordinateur du centre de ressources depuis 30 ans. “Les gens ont mauvaise conscience à propos du lancer, mais nous devons regarder ce qu’on nous a donné.” Souvent ils nous apportent des choses cassées en disant “c’est pour les pauvres”. Les pauvres, comme on dit, ne boiront pas à la coupe de la chapelle ! Voici ce que je leur dis : même si l’article est vendu à un prix inférieur, l’achèteriez-vous ? »

L’effet d’aubaine

A terme, la baisse de qualité des dons menace la survie de la structure. “Moins on a de belles choses, moins on fait de business” explique Pierre Bandon, membre historique du conseil d’administration de la ressource. “Nous avons la chance d’être dans une zone riche, mais nous avons encore plus de mal à faire nos affaires”, a-t-il déclaré. Il croit. L’association est principalement financée par des subventions publiques, les revenus des ventes et, dans une moindre mesure, par des dons. Un équilibre financier délicat qui permet aujourd’hui de rétablir le salaire d’une quinzaine de salariés dans la foulée. L’association revendique un taux de retour à l’emploi en fin de contrat de 60%.

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L’assèchement de la qualité des dons touche l’ensemble des centres de ressources et déchèteries en France. Les imams ne sont pas en reste. “Il y a 20 ans, pour 100 tonnes de produits collectés, 60 étaient réutilisés et 40 partaient au recyclage ou au rebut. Aujourd’hui, c’est l’inverse : sur 100 tonnes collectées, 40 sont réutilisées et 60 sont recyclées. Ou partent au rebut.explique Valérie Fayard, directrice générale adjointe d’Emmaüs France. « La part qui nous a permis de développer notre projet a été réduite d’un tiers en 20 ans. »

Selon lui, plusieurs événements illustrent le problème. Premièrement : l’explosion de la mode rapide et l’inondation du marché avec des produits de mauvaise qualité. “Lorsque vous achetez un t-shirt à 5 euros et que vous le donnez au bout d’un an, vous ne pouvez pas en faire grand-chose. » Deuxièmement : Ces dernières années, de nouvelles plateformes de revente en ligne ont vu le jour pour les produits d’occasion comme Leboncoin, BackMarket ou Vinted.

“Ils se présentent comme des acteurs de l’économie circulaire, de seconde main, mais ils ne transforment que la crème, c’est-à-dire la partie réutilisableelle crie. C’est de la concurrence déloyale. »

Donner ou vendre, le choix de la société

« Vous ne le portez pas ? Vendez-le! » Le slogan publicitaire de Vinted, la plus importante application de vente d’occasion, s’est imposé dans l’espace public, symbole de l’essor du marché de l’occasion. Selon un Étude réalisée par Cross-Border Commerce Europe (CBCE). Publié en décembre 2021, “Le marché de la revente de vêtements d’occasion croît actuellement 11 fois plus vite que le commerce de détail traditionnel.” Elle devrait doubler d’ici 2025 et devenir deux fois plus importante que la fast fashion d’ici 2030.

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Co-auteur d’un Une étude sur les plateformes de revente de vêtements d’occasionLille Elodie, Professeur à la Chaire “Tendance(s)” à George University, se méfie des nouveaux acteurs qui se revendiquent facilement éco-responsables et responsables : « Vented est comme la plus grande école de commerce de France. Il apprend aux consommateurs à devenir des commerçants – ce que j’appelle des « consommateurs ». Elle a sauvé l’idée que cela aide à arrondir les fins de mois. Mais dans les interviews que j’ai faites, la plupart du temps, ce n’était pas pour économiser de l’argent ou acheter des produits d’épicerie que les gens vendaient, mais pour pouvoir acheter des vêtements. Ceux qui vendent achètent. » Mode ultra-rapide d’occasion.

“Des plateformes comme Vinted créent un effet d’aubaine sur le marché de la revente car elles incitent les gens à utiliser davantage de nouveaux articles pour les revendre”, a-t-il déclaré. confirme Hugo Kinzelmann, responsable des affaires publiques à l’Institut national de l’économie circulaire. Un modèle économique extrême qui s’est mis à mal est le réemploi d’une coalition d’acteurs historiques : Emmaüs et le réseau des centres de ressources et des déchetteries. Attirées par l’opportunité, les grandes marques ont également commencé à offrir des bons d’achat à tous ceux qui rapportent leurs produits usagés. Pour faire face à la concurrence, Emmaüs a développé sa propre plateforme de vente en ligne : label-emmaus.co. Mais sera-ce suffisant ?

“Il serait triste que cet instrument d’unité, qui a prouvé son importance dans la région, disparaisse”, Martin Buble, porte-parole du Réseau des recycleurs et des centres de recyclage, a déclaré. « A terme, tout cela menace de détruire le tissu associatif local. Dans les moments de crise sociale et environnementale que nous traversons, ce sont de vrais choix de société qu’il faut faire. » Donner ou vendre, telle est la question.

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