La mort de Charles Melman, grand maître de la psychanalyse

Charles Melmann.

Le 20 octobre, l’un des derniers grands maîtres de la psychanalyse nous quittait. Charles Melman, né le 3 juillet 1931, fondateur de l’Association Lacanienne Internationale (ALI), a dit qu’il était plus un étudiant volontaire qu’un maître. En l’occurrence, avant tout, Jacques Lacan (1901-1981), qu’il a suivi à partir de 1957, date à laquelle il a commencé l’analyse avec lui.

Quelques années plus tard, il devient ainsi l’un de ses plus proches élèves, responsable de l’enseignement de son école freudienne à Paris et directeur de sa revue. scilices. À la mort de Lacan en 1981, la confusion, les guerres d’ego et les coups bas ont fait éclater le milieu lacanien, beaucoup d’analystes étaient complètement désorientés.

Melman décide alors de répondre à ce malaise en fondant en juin 1982 avec quelques collègues (Jean Bergès, Marcel Czermak, Claude Dorgeuille) l’Association freudienne, qui deviendra plus tard l’Association lacanienne internationale (reconnue à but non lucratif en 2007). ). L’ALI compte plus de 600 membres en 2022 (contre 26 en 1982) et bien d’autres. Elle continue à former des analystes et à s’engager dans la recherche psychanalytique et a notamment publié une transcription complète et fiable de tous les séminaires lacaniens (réservée à ses membres pour des raisons légales).

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Charles Melman y a dispensé une éducation intégrative pendant plus de quarante ans. Il a ainsi formé plusieurs générations de psychanalystes depuis la fin des années 1960. En 2010, il fonde l’École pratique des hautes études en psychopathologie (Ephep) pour permettre aux futurs cliniciens qui ne le trouveront probablement pas à l’université de recevoir une solide formation en psychopathologie et en psychanalyse.

Des avancées théoriques et cliniques importantes

Melman a publié de nombreux livres (dont beaucoup sont des transcriptions de ses séminaires), articles et conférences. En l’an 2002 L’homme sans gravité. Cum à tout prix (Denoël), son livre d’entretiens avec Jean-Pierre Lebrun, a eu un impact en dehors du milieu purement psychanalytique. Il met en évidence les conséquences cliniques des évolutions sociales récentes (relèvement des frontières, chute du patriarcat, promotion du plaisir, règne de l’objet, etc.).

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Les questions de pratique analytique ont toujours été au cœur de son travail, où il a voulu montrer comment l’enseignement difficile, voire difficile, de Lacan permettait, au contraire, d’apprendre en clinique. , qu’il soit classique ou nouveau, individuel ou social.

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En plus de former des analystes et de produire d’importantes avancées théorico-cliniques ( “Le complexe de Moïse”qu’il ajoute au complexe d’Œdipe freudien “Effet de mur mitoyen” dans la psychose, “nouvelle économie psychique”…), Charles Melman était également impliqué dans les discussions sociales. Il a notamment eu une influence non négligeable sur la mise en place de réparations pour les toxicomanes en France dans les années 1990, estimant qu’il fallait apaiser leur course infernale pour qu’ils puissent parler à un médecin (et par la même occasion éviter de nombreux décès par SIDA, maladie qui a fait de nombreuses victimes dans cette population).

Subversif et intransigeant

Il a également contribué à la mise en place du dépistage précoce de l’autisme par le biais de la société Préaut (bien que ses vues théoriques sur cette question aient été critiquées). Lors de l’amendement de 2004 d’Accoyer à la réglementation des psychothérapies, il avait promis que le gouvernement reconnaîtrait la place et la spécificité de la psychanalyse. Encore récemment, il a été jugé à l’Assemblée nationale pour informer la commission d’enquête sur l’affaire sordide du meurtre de Sarah Halim.

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Il est resté au travail jusqu’à la fin, plein d’énergie, soucieux de ses patients et de l’avenir de la psychanalyse. Son franc-parler, son côté subversif et intransigeant (autoritaire pour certains) lui ont valu l’inimitié des analystes et des médias. Ceci explique sans doute, sans justification, le relatif silence qui suivit sa mort.

Charles Melman nous laisse un enseignement rigoureux et inventif qui prolonge et complète l’enseignement de Freud et de Lacan, et dont de nombreux analystes se sont déjà inspirés. Pour les personnes intéressées, dubitatives ou dérangées par la psychanalyse, de nombreuses transcriptions de ses séminaires ou conférences ont déjà été publiées, d’autres sont à venir.

Charles Melman à quelques dates

3 juillet 1931 Né à Paris

1962 Directeur de l’Ecole freudienne de Paris

1982 Fondateur de la Société freudienne

2010 Crée une école pratique d’études avancées en psychopathologie

20 octobre 2022 Mort à Paris

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