Le bilan d’un an de France 2030 déçoit les intercommunalités

France 2030 a soufflé sa première bougie. A cette occasion, le conseil a préparé un bilan préliminaire de la mise en œuvre du plan. L’objectif est “d’éviter le risque de stagnation technologique et industrielle”, explique-t-on à Matignon. Matignon estime que la mise porte ses fruits, ayant versé 8,4 milliards d’euros à 1 752 projets innovants depuis l’automne dernier.

Le gouvernement estime que d’ici la fin de l’année, la barre des 10 milliards d’euros sera dépassée en termes d’aides versées, et que la moitié des fonds ira à la réduction des émissions de dioxyde de carbone et l’autre moitié aux PME et acteurs émergents de nouveaux secteurs. Dans un entretien aux Echos, la Première ministre Elisabeth Borne estime que cette aide conduira à “la création de 10.000 emplois possibles”. Concernant la régionalisation, Bruno Bonnell, secrétaire général des Investissements, s’est satisfait que 60% des sommes aient été versées hors Ile-de-France. Matignon a également mis en avant la signature de conventions entre l’État et 11 régions – jusqu’à 500 millions d’euros pour l’État et le même montant pour les régions – et annoncé la création de sous-préfets France 2030, auparavant chargés de mettre en œuvre le plan RELANCER. Concernant les améliorations possibles, le Premier ministre a promis de simplifier les procédures et d’accélérer la régionalisation.

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Sébastien Martin, président des Intercommunalités de France et de la communauté d’agglomération du Grand Chalon (anciennement LR), est beaucoup moins satisfait de cette première année. La Gazette l’a interrogé pour comprendre les raisons de son mécontentement.

Que reprochez-vous à la mise en place de la première année de France 2030 ?

Martin SébastienSébastien Martin : La réindustrialisation du pays n’est pas possible qu’à l’échelle de quelques régions. 60 % des financements ont été alloués aux régions Ile-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes, les sièges sociaux des grandes entreprises étant situés dans ces deux régions. Ces entreprises ont la capacité de répondre parfaitement dans le suivi de ces types de programmes. Les Petites et Moyennes Industries (PMI), qui innovent également, peuvent ne pas disposer d’un groupe de veille pouvant prendre position sur ces demandes de projets.

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C’est même plus que le précédent programme d’investissements d’avenir (PIA). Nous n’avons tiré aucune conclusion sur les problèmes que ce programme a pu causer. Cependant, nous savons très bien que la majeure partie du développement industriel se fait à l’extérieur des grandes villes. L’enjeu de France 2030 doit être avant tout la réindustrialisation du pays, pas l’innovation pour l’innovation. Nous avons besoin de beaucoup plus d’un système ascendant.

Quels problèmes pose ce manque de territorialisation de France 2030 ?

Le Premier ministre a indiqué qu’en moins d’un an, il y a déjà eu une cinquantaine de demandes de projets. C’est un par semaine. Comment suivons-nous? C’est une horreur. Il n’y a rien de pire qu’un système descendant. Seuls les plus compétents et les mieux à même de répondre aux demandes de projets. France 2030 ne doit pas se limiter au financement des innovations de quelques grands groupes. Nous demandons depuis longtemps que la territorialisation de ce plan ne passe pas uniquement par des accords régionaux. C’est une question de méthode. Le problème, c’est que Bercy veut le garder sous contrôle à travers de nombreuses demandes de projets. Ils sont tellement pratiques pour Bercy car il peut récupérer des crédits non utilisés. Il faut vraiment accepter de faire confiance aux territoires.

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Comment rendre France 2030 plus régional ?

Un milliard d’euros avec des régions sur 53, c’est toujours mieux que rien, mais ce n’est pas à la hauteur. On dit attention, on rate beaucoup de projets si on ne territorialise pas plus et surtout on n’active pas le lien avec les Territoires d’industrie. Utilisons ce très bon vecteur. Ce n’est pas parce que certaines personnes ont du mal qu’il faut jeter le bébé avec l’eau du bain. Je respecte la bonne volonté de Bruno Bonnell, mais si j’étais lui, je convoquerais immédiatement une assemblée des régions industrielles et les mobiliserais pour France 2030. C’est très bien d’accompagner des filières d’innovation ultra performantes parfois dans des niches, mais il faut aussi accompagner notre industrie plus traditionnelle vers cette innovation.

Les chefs d’entreprise connaissent les municipalités. Il faut leur donner la possibilité d’activer les facteurs économiques de leur espace économique. Personne ne me dit que c’est DREETS qui est en contact permanent avec les dirigeants de l’entreprise. Le sujet est l’efficacité et le développement du domaine connexe.

Quelles garanties avez-vous pour l’avenir du programme Territoires d’industrie ?

On nous dit que des annonces arrivent d’ici la fin de l’année. Nous sommes dans l’expectative. Je n’ai pas peur de la disparition des zones industrielles, mais de son adoucissement. Ce serait une erreur pour le gouvernement de ne pas relancer ce programme et de ne pas le restructurer avec France 2030 pour lui donner une seconde vie. Nous pensons que c’est un programme qui pourrait ne pas plaire à certains hauts responsables de Bercy et dont certains préféreraient se passer. Mais nous ne laisserons pas cela se produire. Je voudrais que le volontarisme de relance industrielle que nous avons connu à la fin du quinquennat précédent soit au moins équivalent aujourd’hui. Je ne comprends pas pourquoi l’Etat veut se priver de la reconquête industrielle de ces milliers de fantassins que sont les élus municipaux et les services de développement économique.

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Qu’attendez-vous du gouvernement ?

Nous exigeons la suspension des demandes de projets. Nous demandons de grosses enveloppes pour les affaires importantes et donnons un coup de main aux conseils régionaux, aux préfets de région et aux intercos. Nous devons travailler avec les régions et les élus pour identifier les projets et les porter avec les industriels que nous connaissons.

Que pensez-vous de la création des sous-préfets France 2030 ?

(Soupir). Cette décision est bonne, mais tout le monde sait que nous avons des contacts étroits avec les chefs d’entreprise. Ce n’est pas le sous-préfet de redressement placé auprès du préfet de région de Bordeaux qui est en mesure d’agir pour relancer l’économie de la Creuse.

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