Le virus Usutu détecté en France : faut-il s’inquiéter ?


L10/11/2022 L’infection par le virus Usutu a été confirmée dans le département des Landes en Nouvelle-Aquitaine. Il s’agit du premier cas d’arbovirose (un virus propagé par des hématophages, c’est-à-dire des insectes hématophages comme les moustiques) détecté dans cette région. Il s’agit également de la deuxième infection par le virus Usutu recensée en France. Après avoir développé des symptômes pseudo-grippaux (fièvre, maux de tête, courbatures), le patient s’est complètement remis de l’infection.

Avec le chikungunya, la dengue, le Zika et le virus du Nil occidental, l’Usutu fait désormais partie des virus transmis par les moustiques qui ont causé au moins un premier cas en France, c’est-à-dire chez une personne qui n’a pas voyagé. vers un pays étranger.

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Si Usutu n’est pas le plus redoutable de ces virus que les Français doivent apprendre à gérer, il mérite néanmoins l’attention des scientifiques et des autorités sanitaires.

Le virus était déjà la source de l’infection en 2016

La première infection par le virus Usutu en France avait déjà été identifiée en 2016, mais les recherches ne l’ont révélée que deux ans plus tard. Le 10 novembre 2016, un homme de 39 ans est hospitalisé trois jours à l’hôpital neurologique du CHU de Montpellier en raison d’une paralysie brutale de la moitié du visage. Le patient a récupéré en quelques semaines sans laisser de trace. Une analyse ultérieure a montré qu’il était infecté par cet Usutu.

Les travaux menés par notre équipe de biologistes de l’Université de Montpellier, de l’Inserm et du CHU de Montpellier ont permis de comprendre l’origine des troubles présentés par ce patient. Nous avons ensuite analysé 666 échantillons de LCR obtenus (puis congelés) de patients hospitalisés en 2016 à Montpellier et Nîmes. Un seul a révélé l’existence du virus Usutu : le sien.

Le scénario le plus probable est que cet homme, comme le patient identifié dans les Landes, ait été infecté par un moustique après avoir piqué un oiseau, réservoir de ce virus. Il infecte les gens principalement par les moustiques CulexFréquent en France, ce virus se propage activement dans notre pays depuis au moins 2015, selon une étude de l’Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

Du Swaziland à la grande ville de France

Le virus Usutu était notoirement inconnu jusqu’à récemment, mais il a récemment attiré l’attention de la communauté scientifique en raison de sa propagation importante en Europe. Cet arbovirus appartient à la famille Flaviviridés et le sexe flavivirus, qui compte plus de 70 membres. Il s’agit notamment de certains des arbovirus les plus dangereux pour l’homme, tels que le virus Zika ou la dengue, la fièvre jaune ou le virus du Nil occidental.Virus du nil occidental).

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Usutu a été nommé d’après une rivière du même nom située au Swaziland (aujourd’hui Eswatino), un petit pays africain qui partage une frontière avec l’Afrique du Sud. Il y a été identifié pour la première fois en 1959. On sait peu de choses sur les cellules cibles de l’usutu. Néanmoins, notre équipe a récemment décrit sa capacité à infecter comme les autres flavivirus in vitro (dans les cultures de laboratoire) non seulement les cellules du système nerveux, mais aussi le système nerveux des rongeurs.

Oiseaux comme hôtes, moustiques comme vecteurs

Le cycle de distribution naturelle d’Usutu est un cycle enzootique, c’est-à-dire local à une certaine zone. Il comprend principalement des oiseaux passeriformes (ex. merles ou pies) et des oiseaux strigiformes (ex. chouette lapone) en tant qu’hôtes « amplificateurs », c’est-à-dire permettant la reproduction active du virus. Ce sont les moustiques ornithophiles (oiseaux piqueurs) qui agissent comme vecteurs lorsqu’ils infectent l’homme. Diverses études ont montré la participation de plusieurs espèces de moustiques au maintien du cycle Usutu des espèces d’oiseaux, c’est-à-dire des oiseaux vivant au même endroit.

Le virus a donc été isolé des moustiques Aedes albopictus (mieux connu sous le nom de moustique tigre), Aedes caspius, Anopheles maculipennis, Culex quinquefasciatus, Culex perexiguus, Culex perfuscus, Coquillettidia aurites, Mansonia Africana et Culex pipiens. Ces différentes espèces sont ornithophiles, mais piquent aussi l’homme.

Les moustiques transmettent également le virus aux chevaux. Mais cet animal, comme l’homme, est considéré comme un hôte accidentel : ces espèces sont sensibles à l’Usutu, mais sont considérées comme des « impasses » épidémiologiques, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas transmettre le virus à un parent.

Mortalité aviaire importante

Usutu a été mis en évidence chez de nombreuses espèces d’oiseaux, et plusieurs oiseaux migrateurs seraient responsables de l’introduction de ce virus en Europe. D’autres seraient plutôt responsables de sa diffusion. Les espèces sensibles à l’infection Usutu comprennent le merle noir (Merula de turbidité), qui a le taux de mortalité connu le plus élevé.

Chez les oiseaux infectés par Usutu, l’infection provoque des troubles du système nerveux central. Ils se manifestent par un épuisement, une désorientation, un trouble de la coordination motrice et une perte de poids. L’autopsie révèle souvent une inflammation du foie (hépatomégalie) et de la rate (splénomégalie).

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Des lésions ont également été signalées dans le cœur, le foie, les reins, la rate et le cerveau d’oiseaux infectés. La virulence acquise le rend hautement pathogène pour la faune aviaire, d’autant plus qu’il se réplique dans de multiples tissus et organes. Usutu est une cause importante de mortalité des oiseaux dans diverses parties de l’Europe.

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Le virus a été découvert pour la première fois en Europe en 2001

Le virus Usutu a été détecté pour la première fois en Europe en 2001 sur des oiseaux morts en Autriche. Puis il a été signalé dans de nombreux pays européens chez des moustiques ou des oiseaux.

En 2015, l’augmentation de la mortalité des merles noirs dans les départements du Haut-Rhin et du Rhône avait alarmé les autorités. Des recherches de l’Anses et de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) ont permis d’identifier le virus Usutu.

Au cours de l’été 2016, une importante épidémie d’Usutu affectant les oiseaux a été observée en Europe, avec une activité généralisée du virus en Belgique, en Allemagne, en France et pour la première fois aux Pays-Bas. Ce phénomène révèle non seulement l’étalement géographique continu d’Usutu, mais aussi l’émergence de nouvelles niches écologiques.

De plus, il a depuis été établi que le virus Usutu circule dans les moustiques Culex pipiens De Camargue au moins depuis 2015.

La récurrence de l’infection à Usutu dans différents pays européens indique un cycle continu d’infection dans les zones touchées. Cette observation peut s’expliquer soit par la présence de moustiques infectés hivernants (le froid ralentit le cours de leur corps et ils ne se déplacent plus qu’au printemps) soit par la transmission répétée du virus depuis l’Afrique par les oiseaux migrateurs.

Les symptômes doivent être mieux décrits

Le risque de transmission du virus Usutu de l’animal à l’homme a été initialement décrit en Afrique. Le premier cas humain a été signalé en République centrafricaine dans les années 1980 et le second au Burkina Faso en 2004. Dans ces deux cas, les symptômes étaient modérés, notamment une éruption cutanée et de légères lésions hépatiques.

Jusqu’à présent, il y a eu un peu moins de 80 infections humaines aiguës à Usutu en Europe, principalement en Italie. De plus, plus de 100 personnes sont répertoriées comme ayant des anticorps contre ce virus, indiquant que ces personnes ont été exposées à l’agent pathogène.

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L’infection humaine est probablement la plupart du temps asymptomatique ou une manifestation clinique bénigne. Cependant, des complications neurologiques telles que l’encéphalite (inflammation du cerveau, la partie du cerveau située dans la cavité crânienne) ou la méningo-encéphalite (inflammation du cerveau et des méninges, les membranes qui les entourent) ont été décrites, sur un total d’une trentaine cas en Europe.

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A noter que la plupart de ces troubles neurologiques sont associés à une lignée Usutu, appelée Europe 2 (sur huit lignées existantes). Une attention particulière doit être portée au risque particulier de cette ligne, qui n’est pas encore identifié en France.

Tableau récapitulant le nombre d’infections aiguës à Usutu chez l’homme (LCR : liquide céphalo-rachidien ; Encéphalite : inflammation du cerveau ; Méningo-encéphalite : inflammation du cerveau et des méninges ; Ictère fébrile : ictère (atteinte hépatique) avec fièvre). Paralysie froide : paralysie faciale périphérique. DR, fourni par l’auteur.

La description par notre groupe de la présentation atypique de la paralysie faciale observée dans le premier cas français suggère que l’étendue des symptômes des infections par le virus Usutu n’est pas entièrement comprise.

Un virus dont l’aire de répartition s’élargit

L’histoire récente d’épidémies causées par d’autres arbovirus appelle la communauté scientifique à être très vigilante sur le virus Usutu. Sa gamme s’étend désormais à plusieurs pays européens. Les épizooties de mortalité aviaire causées par ce virus sont fréquentes, avec des souches génétiquement très différentes circulant en même temps. Autant de signes qui doivent vous alerter.

Bien que trop rare, certaines études de séroprévalence (présence d’anticorps contre le virus dans le sang) étayent l’hypothèse selon laquelle les personnes sont plus sensibles au risque de contracter l’Usutu qu’on ne pourrait l’imaginer.

Les informations sur la physiopathologie de ce virus émergent sont actuellement très floues. L’objectif des travaux en cours est de mieux comprendre sa biologie et les mécanismes liés aux atteintes neurologiques. Dans ce cadre, des travaux de recherche doivent être menés en France, accompagnés de mesures de contrôle et de prévention, notamment dans les zones les plus à risque.

Yannick Simonin, Virologue, Maître de Conférences en Surveillance et Recherche des Maladies Emergentes, Université de Montpellier


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